Anti-philosophies de l'archive

Samedi, 7 juillet, 2018 - 15:00 - 19:30
La Générale Nord-Est

À la suite de la journée de workshop "Voix vives, ou l'archive orale du présent" du 6 juin, nous proposons un nouveau rendez-vous ce samedi 7 juillet à la Générale Nord-Est.

Ouvert à tou·te·s, il est organisé dans un esprit de rencontre et de réflexion informels, et de continuités des échanges.
En particulier, toutes les contributions à la rencontre sont les bienvenues.
Nous vous invitons également à faire suivre cette invitation tout autour de vous, auprès de celles et ceux susceptibles d'être intéressé·e·s a y participer.

Anti-philosophies de l’archive (Voix vives ou l’archive orale du présent, une suite improvisée)
7 juillet 2018 à partir de 15h00
La Générale Nord-Est
14 Avenue Parmentier 75011 Paris (M° Parmentier)

15h00 Rencontre et discussion avec Paola Bacchetta
16h30 Présentation de la brochure « Co-écritures féministes », Collectif SFK
18h00 Rencontre et discussion avec Oreste Scalzone

Portez des fruits !

Entrée libre
À partir de 19h30 : Apéritif et performances improvisées
http://lagenerale.fr

Ce qui importe pour nous est le rapport entre le contexte de pouvoir, les archives, les dominants, et l’espace où les archives sont logées ou – comme le remarque Derrida – placées « en résidence surveillée ». Pour Derrida, les archives sont liées au privilège de ceux qui les logent et les interprètent. Derrida note que les archives ont une fonction d’unification, d’identification et de classification. Il nous demande d’observer comment les sources sont ordonnées et classées dans les archives. Il remarque que les archives produisent des exclusions et que les secrets et l’hétérogénéité les menacent. Il met en évidence la violence des archives, car la reproduction que les archives effectuent est une forme de destruction : elle bloque d’autres futurités. Pour Derrida, les archives agissent contre elles-mêmes, d’où le mal d’archive. Derrida développe dans son texte plusieurs dimensions de la notion de mal d’archive : (1) le « désir compulsif, répétitif et nostalgique de l’archive et un désir irrépressible de retourner à l’origine » ; (2) la rétention d’une origine spécifique par la répétition ; et (3) l’incapacité de l’Un (dans ce cas l’archive) à se différencier de l’Autre sans une réitération constante de lui-même.
Paola Bacchetta, « Re-Présence : Les Forces transformatives d’archives des queers racisé.e.s », Ateliers-Débats pour la création d'un centre d'archives LGBTQl, Carreau du Temple, 4 et 5 mai 2018, Collectif des Archives LGBTI. Frictions Magazine, 14 mai 2018, Voir en ligne : https://friction-magazine.fr/re-presence-les-forces-transformatives-darc...

J’envisage la re-présence non pas comme une forme de représentation, mais comme une manière d’assurer la présence directement de fragments d’archives, et ici spécifiquement des fragments d’archives d’Anzaldúa. Des fragments existent dans plusieurs genres, y compris des genres très éphémères, et ils ne sont pas toujours faciles à identifier, et c’est pour cela qu’ils n’ont pas tous été collectionnés pour le moment. Cela dit, la re-présence ne signifie pas qu’il faut tout rassembler, tout les éléments, etc. ce qui correspondrait à une logique capitaliste d’hyper-accumulation. Il ne s’agît pas non plus de faire une simple inclusion, ce qui reviendrait à ajouter les queers racisés à ce qui existe déjà. La re-présence s’oppose d’une part à l’assimilation à la nation, en colonialité, au capitalisme, en homonormativité, et d’autre part elle est contre ce que Orlando Patterson appelle la mort sociale. La re-présence correspond à un désir de transformation, un désir d’insurgence, et je vais essayer de montrer ça dans le cas des archives d’Anzaldúa.
Dans l’approche des archives, on est saturé des rapports de pouvoir de la colonialité, du capitalisme, du racisme, des rapports de classe, de la misogynie, de la queerphobie, de la transphobie, et les travaux d’Anzaldua offrent une critique de tout cela, et même plus que tout cela, ils vont à l’encontre de la logique génocidaire aux États-Unis qui veut que les natifs soient toujours en train de disparaître, ils expriment également l’horreur devant tout ce qu’on tue dans le monde et en nous-mêmes.
Paola Bacchetta, « Re-présences de Gloria Anzaldúa », Voix vives ou l’histoire orale du présent, 6 juin 2018, La Générale Nord-Est.

Converser avec Oreste Scalzone est une expérience proustienne et futuriste à la fois. Le flux de la mémoire coule comme un torrent, mais ce n'est pas toujours un cours tranquille, des vortex émergent soudainement, et le tourbillon des souvenirs agit agité par un démon errant, les yeux fixés sur l'horizon dans une sorte d'éternel présent. "Je suis l'hypermnésie (le développement excessif de la mémoire), même si parfois, comme l'a dit Freud et comme cela s'est produit dans le Rashōmon de Kurosawa, je peux vivre une illusion de mémoire".
Il y a cinquante ans, alors que la société occidentale était submergée par les événements de 1968, Scalzone était un jeune leader du mouvement étudiant. En ces jours de célébrations muséales qui font de cette formidable année une sorte de Risorgimento tiré à quatre épingles, Scalzone accepte de revenir sur la « scène du crime » pour esquisser ce qu'il appelle modestement une « anti-célébration », une « anti-cérémonie ».
16 marzo 1968-16 marzo 1978, 9’, Il Dubbio TV, 27 mars 2018, Voir en ligne : https://youtu.be/yiKeAZFSz_c
« Quando nascono i tribunali muoiono le rivoluzioni », Entretien avec Oreste Scalzone, par Daniele Zaccaria, Il Dubbio, 26 Mars 2018, Voir en ligne : http://ildubbio.news/ildubbio/tag/oreste-scalzone/

Do you remember Revolution, Loredena Bianconi, 116’, 1997
En Italie, au milieu des années 70, Adriana, Barbara, Nadia et Susanna ont 20 ans quand elles décident d'entrer dans la lutte armée, de quitter leur vie sociale et leur famille pour faire de la révolution le centre et le but de leur existence. Elles réapparaissent aujourd'hui, après de longues années de prison, elles essaient de raconter chacune leur propre expérience. Elles parlent des raisons politiques qui les ont d'abord soutenues, des conflits, des doutes, des déchirures qui ont marqué leur vie de femme prise dans le tourbillon de la guerre. Un parcours qui débouche sur la condamnation de la lutte armée et la douleur des vies détruites : celle des victimes et la leur.
Voir en ligne : https://vimeo.com/260750215

Le 6 avril dernier, nous nous sommes données rendez-vous pour lire des textes autour de la condition de la prison politique et en discuter. La question des prisonnièr·e·s politiques a fait surgir celle des possibilités et des ressources de résistance à toutes les formes d'enfermement et d'impasse liées aux conditions du politique. Nous nous sommes intéressées aux potentiels de la créativité subjective et aux impacts des situations d'oppression, de répression, d'enfermement et d'exil.
Extraits lus de : Charlotte Beradt, Das dritte Reich des Traums, Nymphenburger Verlagshandlung, 1966, Surhkamperlag, tr. fr., Rêver sous le IIIème Reich, Payot & Rivages, 2002 ; Berivan Bingöll, Bizim Gizli Bir Hikayemiz Var, İletişim, 2016 ; Valentino Nicola, « Rêves des détenus de la prison spéciale de Palmi », Revue Chimères n° 86, 2015
« Nos rêves… (Rencontre en solidarité avec les prisonnières politiques, 6 avril 2017) », Workshop radiophonique, 3-9 avril 2017, Espace Khiasma. Co-écritures féministes à l’invitation du Collectif Solidarité Femmes Kobanê, Juin 2018.