Recherches en Proche et Moyen-Orient : Temporalités, subjectivité, politique

Mardi, 24 octobre, 2017 - 15:00 - 18:00

Épistémologie et politique / Recherches en Proche et Moyen-Orient #1 (2017-2018)

Nous avons le plaisir de vous convier à une présentation des recherches en cours d'Amir Kianpour, confrontant les notions de temporalité, de subjectivité et de politique en regard de la Révolution iranienne de 1979 et de l'Iran dans le contexte de la globalisation, intitulée "Le non-synchronisme en tant que mode de subjectivation asiatique" suivie d'une discussion et de la présentation de quelques textes de référence autour de ces mêmes notions, et plus largement de celles de critique des régimes d'historicité, et de critique épistémologique des discours de la modernité et de la postmodernité dans la pensée politique contemporaine.
La séance est une prémisse et première rencontre préparatoire à une journée d'étude à venir a l'Université Paris 8 Saint-Denis en mai 2018 invitant plusieurs chercheur-e-s iranien-ne-s vivant ou de passage en Europe dont les recherches s'inscrivent dans et interrogent les champs de la philosophie politique et de l'esthétique.

Amir Kianpour est un jeune réalisateur, dramaturge, metteur en scène et acteur de théâtre. Il a suivi des études de sociologie, anthropologie, ingénieurie civile, littérature et théâtre. Sa thèse de philosophie à l’Université Paris 8 Saint-Denis porte sur les subjectivités et temporalités politiques en regard de l’histoire de la révolution iranienne de 1979 intitulée « Le non-synchronisme comme mode de subjectivation ». Traductions récentes, Karl et Carl, un chapitre de La politique au crépuscule, Mario Tronti, Notre mal vient de plus loin, Alain Badiou, Kant, Robespierre de la philosophie, Heinrich Heine, Fragments de L’insurection qui vient, Comité invisible. Essais récents, La philosophie dans la prison de la conscience, une réponse à Medhi Khalaji, Le théâtre iranien, un théâtre sans histoire, Joe Kelleher, Théâtre & Politique.

Amir Kianpour : Le non-synchronisme en tant que mode de subjectivation asiatique

Mardi 24 octobre 2017, de 15h00 à 18h00
Université Paris 8 Saint-Denis, Salle A444 (Bâtiment A, 4ème étage)
2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis – Métro Saint-Denis Université

Dans le même temps que le mouvement néolibéral global – avec la crise financière de 2007-2008 – se retournait, et dans la même logique que d’une part Trump, le Brexit, l’alt-right, etc. et d’autre part, Syriza et Podemos, etc., les Iraniens ont résolument et fermement choisi à deux reprises Rouhani comme président, lors des élections de 2013 et 2017 ; en d’autres termes, ils ont voté, sans ambiguïté, pour la mondialisation et le néolibéralisme.
Et ils ne l’ont pas fait dans le même ordre temporel que les français en 2017. Si Macron représente l’obligation et l’obsession d’une mondialisation bien établie, Rouhani est le nom d’une passion accumulée depuis longtemps au seuil d’une mondialisation à venir. La différence réside entre un « encore » résurgent et un « plus » passionné.
C’est à cause de cette forte tendance intempestive à la mondialisation et à l’intégration en Iran que, par exemple, Srećko Horvat dans le deuxième chapitre de son livre, The Radicality of Love (2015), trouve des similitudes entre le rêve des Iraniens de 2015 et celui de la Yougoslavie à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
Cependant, ce non-synchronisme que nous pouvons observer et percevoir subjectivement au niveau empirique entre la société iranienne et le « monde », n’implique pas simplement le retard et le décalage.
Il y a environ 40 ans, lorsque les Iraniens se sont révoltés et ont fait tomber le Chah, la perception dominante de la dissonance temporelle était différente. À ce moment, les révolutionnaires iraniens se considéraient eux-mêmes le premier wagon du train de l’histoire mondiale.
La révolution en Iran a eu lieu en 1979, alors même que l’âge des révolutions (L’âge des extrêmes, selon Eric Hobsbawm) semblait déjà appartenir au passé. Les Iraniens ont vécu leur plus grand événement historique, juste à la veille de la soi-disant « fin de l’histoire ». D’un autre point de vue et avec un vocabulaire différent, le capitalisme d’Etat a connu une croissance significative en Iran (depuis le début des années 1970 jusqu’au début des années 1990), alors même que le capitalisme centré sur l’État avait déjà décliné dans le monde.
Ces non-synchronismes avec le « monde » sont en correspondance avec les non-synchronicités, la collision des temporalités et des hétérogénéités temporelles au sein même de la société iranienne. Cela signifie que l’Iran est déjà, au moins en partie, mondialisé.
En fait, la mondialisation, ou le capitalisme mondialisé (et l’abstraction qui s’impose à la réalité sociale – son abstraction réelle), est le contexte ou la condition même de l’expérience du non-synchronisme. On ne peut comprendre conceptuellement les hétérochronicités, sans référer à un processus de synchronisation – que l’on pourrait nommer, selon le contexte et l’approche théorique, la modernité, le capitalisme ou la globalisation.

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