À contre-histoire

Conférences d'Arnaud Elfort, HISTOIRE-S D’UN MONUMENT COLONIAL et de Rebeca Sánchez Castro, UNE VISITE DU MUSÉÉ TRAVESTI DU PÉROU DE GUISEPPE CAMPUZZANO

Dimanche 23 juin 2013 à 17h00 à La Générale en manufacture
6 Grande Rue 92310 Sèvres (Métro Pont-de-Sèvres)

Dans son travail, qu’il s’agisse de photographies, de vidéos, de performances ou de textes, Arnaud Elfort convoque diverses figures placées à la marge, socialement et historiquement : ouvriers, précaires, SDF, ou encore discrets « héros » de l’émancipation des peuples africains, caribéens, africains-américains, amérindiens... dont il tente de dresser une anthologie depuis quelques années. Dans la série photographique intitulée anti-sites, qu’il réalise entre 2007 et 2011 au sein du collectif Survival Group, il recense les dispositifs qui s’insinuent de manière sournoise dans toute architecture susceptible de servir d’abri aux sans domiciles fixes. Il tente ainsi de décoder le vocabulaire formel des villes contemporaines et se penche sur la définition de l’espace public, ses limites, la manière de le partager ou pas, mais aussi sur les structures de pouvoir et de contrainte qui y sont en jeu.
L’espace public est aussi le lieu où l’on érige des monuments, où l’on commémore de manière officielle, où l’on se rassemble... Arnaud Elfort se penche sur la mémoire collective et la manière dont celle-ci est rendue tangible : un monument est-il à même de transmettre efficacement l’Histoire ? Si oui, comment ? Par quel retour, quelle survivance, quelle réémergence de gestes, de paroles, de traces et de symboles, enfouis dans la mémoire ? Le Monument aux Héros de l’Armée Noire est devenu plus spécifiquement la pierre angulaire de sa recherche. Erigé à Reims en 1924, après la Première Guerre Mondiale, il est un hommage rendu aux soldats des colonies françaises ayant combattu contre les Allemands. Arnaud Elfort retrace l’apparition de cette sculpture monumentale, sa disparition en 1940, sa réplique à Bamako au Mali et s’interroge sur l’absence de la sculpture originale. C’est sur cette absence qu’il s’appuie, pour penser ce que pourrait être un tel monument en 2012, qui intègre tout autant la tragédie des conflits mondiaux, que les promesses non tenues de la décolonisation. (M. Cozette)
Quelques images : http://www.cac-synagoguedelme.org/fr/residencies/67-arnaud-elfort

Le Musée Travesti du Pérou de Giuseppe Campuzzano ouvre à l'exploration d'une histoire des pratiques et des corps niés par l'histoire officielle. Corpus ouvert de récits de ces pratiques et de ces corps oubliés, il montre les relations entre le corps, la violence, et l'histoire. L'art y est en jeu en tant que manifestation de ces relations contradictoires.
Aussi, le Musée Travesti du Pérou est un musée utopique, sans lieu, et chacune de ses installations donne lieu à une ré-élaboration performative, un nouveau travestissement, où l'artiste, à la fois poète, performer, et philosophe, travaille à une confrontation subjective avec l'histoire.
Rebeca Sánchez Castro a été à la rencontre de Giuseppe Campuzzano et de son travail, et nous propose l'une des visites possibles du Musée Travesti du Pérou, où les oeuvres, textes, documents, etc. et leurs inter-relations reconstruisent les pratiques et les corps, cela qui nous renverra à un territoire plus large que celui seul du Pérou et sera mis en résonnance avec d'autres oeuvres.
Rebeca Sánchez Castro est une jeune chercheure chilienne vivant à Paris. Dans son travail, elle étudie l'art dans ses implications réciproques avec la politique, la littérature, et l'histoire. Elle vient de terminer un mémoire sur l'art contemporain péruvien intitulé "Analyse d'une exposition : L'impur et le contaminé III, pulsion (néo)baroques sur les routes de Micromuseo. Une lecture des stratégies de demarcation d'un territoire".
Quelques images : http://hemi.nyu.edu/hemi/en/campuzano-gallery

SÉMINAIRE DE LECTURE À Contre-histoire

Samedi 17 août 2013 à 15h / Dimanche 25 août 2013 à 17h / Dimanche 1er septembre 2013 à 17h
À la Générale en manufacture, 6 Grande Rue 92310 Sèvres (Métro Pont-de-Sèvres / Tram Musée de Sèvres)

À l'occasion de la résidence de Rebeca Sánchez Castro à la Générale cet été et à la suite de son intervention, "Une visite du Musée Travesti du Pérou de Giuseppe Campuzzano", ainsi que de celle d'Arnaud Elfort, résident permanent, "Histoire-s d'un monument colonial", en juin, nous organisons durant ce mois d'août un séminaire de lecture sur l'histoire, où nous invitons également Timothée Nay, jeune chercheur lecteur de Walter Benjamin, à nous rejoindre. 
Dans ce séminaire de lecture, on suit le fil de relations contradictoires au coeur de de la notion d'épistémè, et dont la qualité critique devrait être mieux explorée, entre histoire, anthropologie, et art, et où l'émergence et la persistance des images nous montrent la complexité du jeu des résonances, des continuités et des ruptures dans le continuum où elles s'insèrent.
Loin d'un programme de lecture entièrement pré-établi à l'avance mais à partir de quelques références de départ tirées de nos recherches respectives (Foucault, Warburg, Benjamin, Wachtel, Scott, Nora, etc.), nous suivons l'idée de mise en résonance des textes et des oeuvres, et des différentes lectures entre elles.
Par exemple, Foucault dans l'Archéologie du savoir, critique la notion d'histoire comme téléologie et la compréhension de la généalogie de Nietzsche comme recherche des origines de même que les lectures anthropologisantes de Marx. Tout comme le fait Agamben dans Une science sans nom à propos d'Aby Warburg, il pointe le schématisme réducteur de l'opposition entre histoire et structure issue de la critique du structuralisme et des apports de l'éthnologie, la linguistique, la psychanalyse, etc.
Par ailleurs pour Agamben à partir de là, c'est dans la notion d'image dialectique de Benjamin, que le projet d'Aby Warburg pouvait trouver un sens.

Les séances ont lieu les samedi 17 août, dimanche 25 août et dimanche 1er septembre 2013 à 17h, se prolongeant dans la soirée avec un barbecue le 17 août, une nuit du cinéma travesti le 25 août proposée par Ariel Cuadra, et une nuit du cinéma Blaxploitation proposée par Arnaud Elfort le 1er septembre.