Entre eux

ils bougent entre eux
je vais faire attention
ne pas les déranger
ils bougent entre eux
ils ont des poils sur les pieds
des uniformes en peau de fesse
si j'esquisse un mouvement
ils vont déceler ma présence
je suis visible
face à leur forme
si je ne bouge pas à ma façon
ils vont me repérer
j'arrive à ne pas penser qu'ils sont là
je sais qu'ils sont là
je les regarde bouger entre eux
ils ont des gants comme des pieds
ils se touchent
comme on marche sur la lune
je les aperçois
qui s'agitent en dormant
à côté de moi
j'ai cessé de faire qui je suis
ils me laissent en paix
les oiseaux qu'ils se sont greffé
à la place de la tête
agitent leurs ailes
comme pour décoller
mais ils ne font que tomber sur leur ventre
en gâteau à la crème
les animaux du coin
ce qu'il y a de plus dégueulasse
hormis l'espèce humaine
viennent lécher et dévorer tout ça
les grandes faces d'oiseau se promènent
un immense trou dans le mitan du corps
on y voit la vie d'avant
avec ces pinces à sucre pour faire la guerre
et ce sparadrap qui nous collait la nuit

je vais aller faire les courses dans mes chaussures
je mange mes doigts de pieds
ils repoussent à volonté
avec des textures et des goûts différents
afin d'éviter l'ennui

ces temps derniers
ils ont trouvé le moyen
de m'envoyer des angoisses
sans m'adresser la parole
cette parole qui s'est envolée
suivant la pensée
le nuisible est resté
ils m'expédient des angoisses
sans remarquer ma présence
ça leur donne du bonheur
et l'on peut admirer leur grand trou
il s'allume au mitan de leur corps

vivre chez eux
c'est comme dans rien
ils font des machins sans savoir
je les regarde faire
en me tapant la tête
sur la pierre tombale d'une inconnue...

(jeudi 1er octobre 2015 à 2h03)