Go canny ! (Piano, piano !) - Tactiques et pratiques critiques au travail

L’expression Go Canny est empruntée au patois écossais. Sa traduction « Allons piano, piano ! » pourrait être dans sa traduction pratique : « À mauvaise paye, mauvais travail ! ». Mais par extension, cette formule décline une multiplicité de manifestations ou de tactiques possibles à employer par les travailleur-se-s au lieu de la grève : pratiques de sabotages, de réappropriation d’un surtravail non rémunéré, grèves du zèle,…
Nous nous intéresserons à celles et ceux qui font de leur condition salariale et des contraintes quotidiennes qui y sont associées la matière première de leur pratique artistique - et/ou politique – et qui de ce fait, sont à même de témoigner directement de leurs conditions de travail et/ou de leurs (micro)résistances sur le lieu de travail ; mais aussi à cette figure du/de la salarié-e-artiste qui, afin de donner une autre version des mondes du travail – et à la différence de l’artiste-invité-e -, ne se place pas sous la protection d’un statut d’artiste autorisé et reconnu par la direction de l’entreprise.
Ainsi, nous partirons de cette hypothèse que les artistes ne représentent pas les mondes du travail et ne les détournent pas de la même façon, selon qu’ils sont invités par l’entreprise à le faire ou qu’ils sont salariés de l’entreprise, selon qu’ils cherchent à s’y introduire ou qu’ils l’habitent déjà ; et interrogerons dans le cadre de ces rencontres, les différentes façons que peuvent avoir les travailleur-euse-s - qu’ils ou elles se réclament du nom d’art ou pas - de mener des enquêtes participatives ou des actions sur leur lieu de travail. Nous voulons aussi discuter des façons qu’ils ont de rendre compte de leurs expériences, c’est-à-dire des façons qu’ils et elles ont de visibiliser dans l’espace public ce qui est habituellement caché derrière les portes closes des univers privés de production.

Sur une proposition de Jan Middelbos-Mitrič (jan.middelbos AT gmail.com).
Site Internet : https://jan-m.org/

22 FÉVRIER 2013 à 18h30 : Michail Michailov, Le Travail
La Générale en manufacture, 6 Grande Rue, Paris-Pont-de-Sèvres

Michail Michailov utilise la vie quotidienne et son environnement personnel comme trame et source d'inspiration. L'une de ses stratégies consiste à être embauché pour divers jobs et poursuivre son travail en tant qu'artiste dans le même temps. Alors qu'il trouve un emploi de femme de ménage dans une maison bourgeoise, il réalise la vidéo "Die Arbeit" ("Le Travail", 2007). Il capture secrètement en vidéo son environnement tout en travaillant durant plusieurs mois. Mais bien qu'initialement documentaire, cette vidéo de 39 minutes s'est trouvée présenter des éléments performatifs. L'artiste peu à peu avait transformé la réalité de son lieu de travail sans que ses employeurs n'en aient pris conscience.
Michail Michailov est né en 1978 à Veliko Tarnovo en Bulgarie. Il vit et travaille à Vienne et a suivi des études d'art et d'histoire de l'art à la Faculté des arts visuels de Veliko Tavorno et à l'Université de Vienne. Son travail a été présenté lors d'expositions tant personnelles que collectives à Vienne, Graz, Sofia, Paris, Barcelone, Madrid, etc. ainsi que lors de nombreux festivals. Il est actuellement résident de la Cité des arts à Paris.
Projection suivie d’une discussion : LE TRAVAIL (Vienne 2007), Documentation (vidéo et photo) du travail d'homme/femme de ménage - Concept : Michail Michailov - Travailleur-se-s, performers : Ekaterina Radeva, Michail Michailov - Caméra : Michail Michailov, Ekaterina Radeva - Vidéo : 39 min.

30 MARS 2013 à 17h : Aurélie Le Faurestier, Manuel Bochaton, Jean Recoura
La Générale en manufacture, 6 Grande Rue, Paris-Pont de Sèvres

Aurélie Le Faurestier allie sa pratique aux différentes expériences professionnelles qui croisent son parcours par des actions clandestines de piratages. En s'immisçant dans les espaces fonctionnels de travail, elle tente d'y faire entrer l'inutile et le gratuit par le détournement du geste et de l'outil de travail. Les éléments glanés au fil de ces expériences sont aussi mis en scène dans des installations où elle invite le spectateur à se mettre au travail.
Son parcours a été entrecoupé d'expériences professionnelles diverses qui ont imprégné sa pratique et une réflexion sur la situation de l'artiste dans une société ultralibérale.
De l'art et du travail : avec cet intitulé, Manuel Bochaton propose un récit photographique où il est question de se saisir de ce qui est confisqué lorsque l'on travaille, à savoir un certain usage des sens, du regard et de la parole. Cette proposition, articulée à partir de photographies et de prises de notes, sera accompagnée d'une intervention orale d'Adrien Arrous, relevant de la même logique.
"Avec la problématique de la perruque, Jan nous invite à réfléchir à plusieurs problèmes : celui qui relève d'une pratique artistique de celui qui n'en relève pas, de l’exploitation salariale, de la liberté du salarié, de la dénonciation des conditions du salarié, de la réappropriation de son temps par des pratiques de détournement, etc. La liste peut être longue".
Les travaux que Jean Recoura nous présentera sont influencés par les différents contextes dans lesquels il a travaillé. Il a notamment travaillé 7 ans chez les forains (foire du trône, fête des loges, fête de Saint-Cloud et celle de Cergy) puis 5 ans dans une maison de retraite. Tentatives de retranscrire l’environnement dans lequel il travaille par des dessins, des peintures, des voumes, flippers en bois ou baraques à crêpes, etc. Les pièces consacrées au thème des forains sont appuyées d’une documentation photographique qui sera projetée lors de la présentation.

22 JUIN 2013 : Laurent Marissal, Pour un inventaire provisoire des refus et des échecs
La Générale en manufacture, 6 Grande Rue, Paris-Pont de Sèvres

Cette rencontre avec Laurent Marissal sera l’occasion de faire le point sur les situations conflictuelles que nous pouvons rencontrer face aux curateur-trice-s, médiateur-trice-s, galeristes, etc. : à quoi renonce-t'on lorsque l’on accepte que son travail artistique soit “pris en charge” ?
Que reste-t-il de possible à l’artiste lorsque celui-ci s’estime désapproprié des conditions d’exposition et de recontextualisation de son travail ?
Doit-on tout simplement refuser de participer - décliner l’invitation - ou au contraire tenter de porter sa critique à l’intérieur du cadre proposé ?
Refus, échecs, appels au boycott, entrisme, usages du droit de retrait ou de repentir, etc. constituent un arsenal de possibles que nous souhaitons discuter et inventorier avec vous dans le cadre de cette séance de travail.
Site Internet : http://painterman.over-blog.com/

19 OCTOBRE 2014 : Arnaud Elfort, Ballade documentée et commentée sur l'île Seguin, suivi d'une conférence de Jan Middelbos-Mitrič, Se situer dans la division manufacturière, sociale, sexuée, internationale etc. du travail

À 15h, Arnaud Elfort propose d'aller faire un tour sur l'ïle Seguin, au plus proche du chantier. Textes de Jean Nouvel "Boulogne assassine Billancourt" et de François Pinault "Ile Seguin : je renonce". RDV à la sortie du métro Pont de Sèvres au niveau des bus. Prévoir des vêtements confortables... http://www.billancourt.survivalgroup.org/
À 19h, Jan Middelbos-Mitrič à partir d'une réflexion sur les transformations historiques et sociologiques tant du monde du travail que du salariat, propose de discuter la perte de la position centrale du prolétariat – entendu comme sujet révolutionnaire - dans les débats et luttes qui animent les trajectoires révolutionnaires du jeune XXIème siècle en France.
Nous voudrons discuter aussi de la nouvelle division internationale du travail et de ses conséquences aussi bien sur le prolétariat localisés dans les pays de la triades (Etats-Unis, Europe, Japon) que sur celui des pays dits émergents (Chine, Inde, Brésil et autres) ; tout autant que des nouvelles formes de solidarités international que le prolétariat est en capacité d’inventer.

23 NOVEMBRE 2014 : Collectif Ôde aux dindons, L'univers palpitant, intolérant et intolérable, du travail social

On discutera avec le collectif du journal Ôde aux dindons, collectif de chercheurs, travailleurs sociaux et "usagers" du travail social, de l'artificialité des frontières entre chercheurs, travailleurs sociaux et "usagers" du travail social : Comment les chercheurs et les travailleurs sociaux se situent, sont situés et situent les "usagers" afin de conserver le monopole du questionnement et de la réflexion sur le travail social ? Comment créer des déstabilisations, des débordements, des irruptions dans ces espaces bien gardés ?
« Ôde aux dindons, c'est un espace de lecture et d'écriture, mais pas un appel à la contemplation. Nous croyons à l'action directe, à la création de collectifs de défense, d'établissements autogérés par les travailleurs sociaux et/ou les usagers, à la multiplication des espaces de solidarité permettant d'échapper au travail social (groupes d'autosupport, squats d'habitation, centres sociaux autogérés, jardins partagés...). Ode aux dindons, c'est l'occasion de «se raconter» toutes ces actions, d'en proposer, de lancer des appels à solidarité... de partager et d'affiner nos connaissances du travail social. Les pratiques de messesbasses, le cloisonnement de l'information, les silences opposés aux interrogations des «usagers» sont une des clés de la toute puissance qui s'abat sur ces derniers et sur les travailleurs sociaux qui refusent de l'incarner. Ode aux dindons entend tendre l'oreille, ouvrir le bec et prêter ses plumes à toutes celles et ceux qui, pris dans la confidence, souhaitent crier le chuchoté. Nous invitons, de même, toutes les personnes lésées d'informations, à poser ouvertement leurs questions. Dire, questionner, raconter ouvertement vient évidemment poser la question de la pudeur et de l'intime. Voiler nos histoires privées, c'est pourtant rendre invisible les intrusions du pouvoir que nous souhaitons dénoncer. De ces histoires nous laissons chacun, chacune décider ce qu'ils/elles acceptent ou non de partager. Quant à nous, nous refusons d'imposer un partage entre le privé et le social, le politique et le sensible. Nous invitons chaque lectrice, chaque lecteur à réaliser ses propres partages, pour tirer, au cours de sa lecture, le fil des histoires confiées. »
Site Internet : http://vilainpetitjournal.noblogs.org

9 JANVIER 2015 : L'escamoteur escamoté

En décembre 1978, ce tableau intitulé L’Escamoteur attribué à Jérôme Bosch a été volé au musée de Saint-Germain-en-Laye par un commando du mouvement anarchiste Action Directe. Alors qu'une quarantaine de personnes se trouvent dans les locaux, deux hommes armés décrochent le tableau sous les yeux du gardien, impuissant. Ce qui permit à un journal de titrer malicieusement : « L'Escamoteur escamoté ». Le 2 février 1979, Eric Moreau et Jean-Marc Rouillan sont interpellés par la police, rue Scribe, à Paris alors qu'ils s'apprêtent à négocier « L'Escamoteur » contre une rançon et des armes. Le tableau est restitué, sans son cadre mais intact, à la ville.
Que l’on en soit l’auteur ou bien la victime crédule, la fauche implique bien l’expression de savoirs-faire tactiques acquis tout au long de la carrière d’un voleur. De cette façon, ceux qui tapent, entrent pour ce faire dans des rapports avec le monde que l’on pourrait qualifier de tactiques au sens où Michel de Certeau disait de la tactique qu’elle « n’a de lieu que celui de l’autre » puisque, contrairement à la stratégie, elle doit « jouer avec le terrain qui lui est imposé tel que l’organise la loi d’une force étrangère ». Restant hétérogène aux systèmes garants de la norme, la tactique est une manière de circuler dans « un relief imposé », de s’insinuer au sein d’un « ordre établi ». Il s’agit d’une résistance de circonstance qui s’organise à partir d’un « faire avec » et développe des savoirs-faire en rapport à un contexte donné.
Si l’éthique de l’escamoteur doit être discuté (ses cibles, ses intentions et/ou son rapport particulier à la consommation,...) nous pensons qu’elle doit précisément l’être à partir de ces savoirs faire pra-tac-tiques et autour de leurs expériences partagées que l’on se situe du point de vu du dérobeur et/ou du dérobé. C’est à cette inventivité contextuelle que nous faisons appel, constituant de ce fait à autant de cas d’école différents qu’il y a de façons d’éprouver cette notion pratique en fonction du contexte dans lequel on s’inscrit, en fonction de nos nécessités, chances ou échecs, de nos complicités,... tout autant que de nos crédulités. Même s’il ne s’agit là que d’expériences de l’ordre de l’« infra » dans le cycle réappropriation/consommation et/ou redistribution, on espère que cette rencontre nous permettra de participer à susciter des idées autour d’un « faire avec », à produire un inventaire - ouvert, forcement non-exhaustif - de « micros-utopies » travaillées à partir du réel. Et qui sait même peut-être, d’assumer collectivement et publiquement le caractère créatif et/ou politique que peuvent conférer ces différentes formes de réappropriation directe de la production, pratiques habituellement individuelles et (semi)-clandestines.

1er FÉVRIER 2015 : Olivier Nourisson (artiste-ouvrier) et Robert Kosman (ouvrier-artiste), Les arts tactiques, reyclages, bricolages et retournements

Dans son article « Perruque et bricolage ouvrier » Robert Kosmann revient sur une définition que donne Claude Lévi-Strauss du bricolage dans La pensée sauvage qui nous semble être un bon point de départ à la discussion : Le bricolage consiste à faire avec ce que l’on a.
 L’objet de cette rencontre sera donc d’éclairer, à la lumière de nos expériences, les rapports que l’on peut entretenir au bricolage, et plus particulièrement entre pratiques de retournement artistique en milieu contraignant et pratiques de retournement sur le lieu du travail.
 En effet, si la notion de retournement tactique appartient à un registre guerrier, le sens des mots “stratégie” et “tactique” a subi une extension débordant largement le simple usage militaire, pour contaminer des champs d’action diversifiés tels que l'économie, les mathématiques (théories des jeux), la politique, l’idéologie et, pour les terrains qui nous préoccupent, les mondes du bricolage, de l’art et du travail.
Ces mondes qui nous intéressent ne constituent pas des champs autonomes, et dans ces conditions nous postulons une certaine transversalité des rapports tactiques que les artistes et les travailleurs,… entretiennent avec les mondes qu’ils habitent. Nous postulons donc que les artistes comme les salariés ont en commun ces savoirs-faire tactiques. Notion qui fait passer “l’art tactique” au premier plan, qu’il soit revendiqué comme artistique – ou pas.
 En observant de quelles manières les pratiques de bricolage artistique dialoguent avec le bricolage au travail et, dans une dialectique réciproque, en observant de quelles manières les détournements de poste interagissent sur le bricolage artistique nous discuterons aussi de la pratique de la perruque qui est une forme de retournement bien spécifique qui ne peut être confondu avec d’autres types de déviance au travail.
Robert Kosmann est retraité de l’industrie (18 ans à la régie Renault Saint-Ouen), perruqueur, syndicaliste et historien, il participe entre-autre à entretenir la mémoire de la pratique de la perruque.
Olivier Nourisson commença à utiliser une visseuse pour assembler un observatoire astronomique, puis un sous-marin baptisé "anti-aufklärung" pour explorer les abysses de la Seine, il utilise parfois des mots qu'il ne comprend qu'à moitié pour parler de son travail, par exemple : Das Ding.