Des hommes et des femmes entre les murs

Assia Zaino présente ses recherches en Palestine, dont un extrait - une série d'entretiens - a fait l'objet de l'édition d'un livre paru récemment : "Des hommes et des femmes entre les murs : Comment la prison façonne la vie des Palestinien·ne·s".

« Que veux-tu que je te dise ? J’ai commencé à visiter les prisons en 1967, quand mon mari était détenu, et là, je suis encore dans la même situation.
Il y a eu une période où tous mes fils étaient en prison, tous. Et moi, j’allais les voir dans trois prisons différentes : dans la même journée je faisais le tour de toute la Palestine pour les voir. Parfois je ne savais pas où ils étaient, ils avaient été transférés sans que je le sache. Un jour, je les ai cherchés dans toutes les prisons de Palestine sans les trouver.
Avec la pluie et le soleil, moi je montais dans le bus et j’allais les voir, Mohammad dans la prison de al Khalil, puis Abu Ali, et enfin Sa’id à Adarim. C’était ça ma vie. Des allers et retours continus d’une prison à l’autre, d’un procès à l’autre. Et la nuit, j’étais seule avec moi-même. »

Née en Italie, Assia Zaino est venue en France pour suivre le cursus d’études d’Histoire du monde arabe à l’INALCO.
Entre 2010 et 2015, elle a fait quatre séjours de six mois dans les Territoires occupés en Palestine, en particulier, dans le village de Nabi Saleh.
L’ouvrage Des hommes entre les murs : comment la prison façonne la vie des Palestiniens, Agone, 2016 rassemble les entretiens qu’elle a réalisé lors de ces séjours, et raconte comment, depuis de longues années, le village palestinien de Nabi Saleh, au nord de Ramallah, lutte contre l’occupation des terres par la colonie israélienne voisine – et fait face à une politique d’arrestations massives et constantes, et où chaque famille ou presque a une “histoire de prison”.