Gula Dîla Wer Çengê (L'un des contes de ma grand-mère)

Farida Moustafa. Neé en 1924 à Afrin. Elle ne parle que sa langue maternelle, le dialecte Kurmancî, pratiquante, elle fait ses cinq prières en kurde. Elle est encore vivante et elle est toujours à Afrin.

 

Gula Dîla Wer Çengê

On raconte qu’il y avait un berger qui avait trois filles. Les trois filles allèrent se promener à côté de la rivière. Le roi avait également trois fils. Les trois princes sortirent pour aller à la chasse. Les trois princes croisent sur leur route les trois filles du berger. La fille aînée dit : si le fils du roi le plus grand l’épouse, elle va tricoter pour lui un énorme tapis, de sorte que tous ses soldats viennent s’y asseoir et qu’il y aura encore de la place pour d’autres. La cadette dit : si le fils cadet du roi l’épouse, elle va cuisiner pour lui un plat de coquille de noix que tout la ville puisse manger de ce plat et qu’il en reste encore pour les autres. La fille la plus petite dit : si le fils du roi le plus petit m’épouse, je vais lui donner, si Dieu le veut bien, deux enfants. Un garçon qui aura des cheveux dorés et une fille qui aura des cheveux argentés.

Les trois princes épousent les trois filles. Les jours et les mois sont passés. Le prince le plus grand demande à sa femme : où est le tapis qu’elle lui a promis ? Elle lui répond qu’elle a menti pour seulement l’épouser et qu’en réalité les bergers ne savent même pas tenir une aiguille. La réponse de la deuxième femme était pareille. Quant à la troisième sœur, elle dit à son mari qu’elle voulait vraiment lui donner deux enfants mais si seulement Dieu le veut bien. A cette époque, elle était enceinte. La guerre est déclenchée. Les trois princes quittent leurs femmes et partent à la guerre pour défendre le royaume. Après quelques mois de leur départ, la sœur enceinte accouche de jumeaux. Dieu lui avait donné un garçon avec des cheveux dorés et une fille avec des cheveux argentés. La nouvelle de la naissance des deux enfants est transmise au prince le plus jeune.

Quand les deux autres sœurs entendent cette nouvelle, elles sont effrayées parce qu’elles n’ont pas tenu leur promesse et elles ne seront que des menteuses aux yeux de leurs maris. Quant à leur petite sœur, elle vient d’avoir deux enfants comme elle a promis à son mari. De peur qu’elles soient tuées par leurs maris, les deux sœurs échangent les deux enfants par deux chiots. Elles mettent les deux enfants dans une caisse et elles jettent la caisse dans la rivière. On envoie la nouvelle au prince que sa femme a accouché de deux chiots. Il se met en colère et ordonne que l’on enterre sa femme jusqu’au torse et qu’on lui donne un morceau de pain et de quoi boire juste pour qu’elle reste en vie et qu’elle souffre.

Dans un autre village, un vieux couple vivait dans la pauvreté. Il avait une chèvre. Chaque jour, la chèvre revenait les seins vidés du lait. Le couple se demandait toujours : qui trait le lait de leur chèvre ? Le couple suit la trace de la chèvre. Celle-ci s’arrête au bord de la rivière. Là où il y avait une caisse. Elle met ses deux mamelles dans deux trous qui se trouvaient sur la caisse. Le couple s’approche de la caisse et l’ouvre. Le couple trouve dedans deux enfants, un garçon avec des cheveux dorés et une fille avec des cheveux argentés. Le couple éleva les deux enfants et devint très riche. Le couple construisit un magnifique château. Les enfants grandirent.

Un jour, il y avait dans la ville une course de chevaux. Pendant la course, le chapeau du garçon  tomba. Les deux tantes reconnurent le garçon voyant ses cheveux qui brillaient sous le soleil. Elles surent que les deux enfants n'étaient pas morts. Elles prirent peur que leurs maris les égorge s’ils découvraient la vérité.

Un jour, les deux tantes rendirent visite au vieux couple pour voir le château. Elles sont très étonnées de la beauté du château. Elles disent aux enfants qu’il y a tout dans leur château mais qu’il y manque une fleur rare. Cette fleur rare se trouve dans un endroit dangereux dont l’accès est difficile. Le garçon qui a les cheveux dorés part à la recherche de la fleur. Il doit surmonter plusieurs épreuves douloureuses. Grâce à l’aide d’une ogresse devenue sa mère, le garçon pu trouver la fleur. Le château est rempli de fleurs. Les tantes devinent que le garçon est toujours vivant. Le garçon revient victorieux à son château. Il touche sa poche et il y trouve une brosse à cheveux. Il l’a dépose sur une étagère dans sa chambre.

Pendant la nuit, cette brosse à cheveux se transformait en belle fille. Avec l’aide d’autres colombes qui se transformaient elles aussi en de belles filles. Elles cuisinaient de bons plats chauds et elles cousaient pour le jumeau de beaux costumes. Chaque matin, le jumeau se réveillait en trouvant des plats chauds délicieux, et de nouveaux costumes. Le jumeau était curieux de savoir qui lui prépare les plats et les costumes. Le garçon blessa son doigt avec un couteau et il mis du sel dans la blessure pour ne pas s'endormir la nuit. Il vit comment la brosse à cheveux et les colombes se  transformaient en de belles filles. Le garçon se hâta et attrapa la fille avant qu’elle ne se transforme en brosse à cheveux. Cette belle fille s’appelle Gula Dîla Wer Çengê. Elle est dotée d'une force magique.

Un jour, les deux tantes invitent les deux enfants à manger chez elles. Gula Dîla Werçengê conseille au garçon d’emmener un chat avec lui. Il donna d'abord à manger au chat qui mourru tout de suite. La nourriture était empoisonnée. Un autre jour, ce sont eux qui invitent les deux tantes à manger. Les assiettes et les cuillères étaient en or. Une tante vola une cuillère. À la fin du repas, on ne pouvait pas débarrasser la table car une cuillère y manquait. La tante discrètement redéposa la cuillère.

Un jour, le garçon aux cheveux dorés se promenait dans la ville. Il vit une femme enterrée jusqu’au torse. Il interroge les gens sur l’histoire de cette femme qui souffre. Il raconte ce qu’il a entendu à G D W. Celle-ci lui conseille d’aller auprès de cette femme et de mettre son mouchoir qui sentait son odeur sur le nez de cette femme. Quand le garçon fit ce geste, la femme dit qu’elle avait senti l’odeur de ses enfants de ce mouchoir. G D W dévoila aux deux enfants la véritable identité de cette femme. Elle est leur vraie mère. Les deux tantes furent punies et chacun réalisa ses désirs et ses vœux.

Fin du conte

 

Ce conte a été enregistré avec d'autres contes à Afrin en 2009, transcris et ensuite traduits en français par Gulistan Sido.

Gulistan Sido, après un cursus de littérature française, et de traduction et d’arabisation à l’Université d’Alep, poursuit ses études à l’Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris 3) dont elle est titulaire du master de Lettres Modernes, puis amorce un second master à l’INALCO qu’elle se voit obligée d’interrompre en 2009. Elle a enseigné l’arabe et le français à partir de 2003 à Alep. Membre fondatrice de l’Institut de Littérature et Langues Kurdes « Viyan Amara » à Afrin, Vice-présidente du Comité Éducation-Rojava-Afrin, Vice-présidente de l’Université du Rojava à Qamishli où elle est aussi Responsable du Comité Académique et membre du Comité des relations internationales. Domaines de recherche : Théories de l’oralité, Littératures orales kurdes, Révolution sociale et luttes des femmes.