La critique de l'État-nation au regard de la critique féministe et du genre

Les deux interventions discutent de la dimension de la division du sexe et du genre, de la construction de l'État moderne et des formes de légitimation du pouvoir, et leurs généalogies en soulignant comment il s'agît de penser dans le même temps les formes de résistance et d'émancipation.
La forme de l'État-Nation était construite sur l'appropriation de la production et de la reproduction, des corps de celles et ceux destinés à en assumer le travail. C'est cette appropriation de la continuité des identités intègres aux états-nations et de celles qui en marquent les limites.
C'est prégnant là où le partage des sexes et du genre vient enchaîner sur le partage de la raison, comme ce qui relève des formes de rationalités issues de la modernité occidentale et où s'étaient trouvés à la fois défini·e·s et exclu·e·s celles et ceux qui ne pourraient en être les sujets : les femmes, les étrangers, etc., et en même temps qui allaient en assumer le travail de reproduction sociale. Ce partage dessine les limites et les délimitations des états-nations modernes et des catégories par lesquelles nous sommes produits, et à la fois ne laisse aucun espace qui ne soit pas sinon conceptualisé, maîtrisé, déjà détruit.
En particulier, la problématique de l'historicité des concepts dans le travail d'Éléni Varikas, et de celle du genre à l'intérieur de l'ensemble des rapports de pouvoir, de race, classe, nation, etc. fait signe. L'anamnèse contre l'amnésie ou la coupure dans le concept – la coupure du concept de la concrétude de l'expérience –, qui est aussi cette décontextualisation rendue possible par le rapport d'objectivation dans la pensée, ou comment penser en contexte.
Elle expose comment l'état moderne produit constitutivement des exclusions et notamment celle les femmes, revenant sur la notion de communauté politique moderne dont la formation artificielle fait de la politique un acte libre, et où la nature est rapportée à un mythe originaire. La hiérarchisation des sexes dans la modernité sera paradigmatique de cela.
Sonia Dayan-Herzbrun propose de discuter des masculinités, selon un point de vue intersectionnel qui actualise des formes d'analyses en contexte, ou comment les différentes modalités selon lesquelles nous sommes traversés des rapports de pouvoir dans leur historicité, donne lieu à la production du genre, de la classe, de la race et ainsi de suite de façon indissociable, en parcourant l'ouvrage Les couleurs de la masculinité de Mara Viveros. Elle propose d'analyser la construction des masculinités en situation coloniale, et la façon dont elle est indexée à la norme d'une masculinité hégémonique.

Professeure émérite de science politique à l’Université Paris 8, Eleni Varikas compte parmi les introductrices du concept de genre en France. En l’affinant dès les années 1990 du côté de ce qu’elle nomme « conscience de genre », elle s’est attachée à en renouveler l’historiographie en insistant sur les enjeux épistémologiques des notions de conscientisation ou d’expérience vécue comme des frontières du politique.
Dans la continuité de la Théorie Critique développée par les philosophes de l’École de Francfort, son œuvre travaille les impensés de l’universalisme, de la citoyenneté, de la parité, de la distinction entre privé et public, de la subjectivité et de ses déconstructions, et dévoile ce faisant les apories de leurs lectures nationalistes.
Autrice notamment de : Les Femmes de Platon à Derrida, Anthologie Critique, Plon, 2000 ; Penser le sexe et le genre, Puf, 2006 ; Les rebuts du monde, Figures du paria, Stock, 2007 ; Pour une théorie féministe du politique, Ixe, 2017.

Sonia Dayan-Herzbrun est sociologue et philosophe.
Professeure émérite de l’Université Paris 7, directrice de la Revue Tumultes, revue interdisciplinaire sur les phénomènes politiques contemporains.
Membre notamment du RING (Réseau Interdisciplinaire National sur le Genre).
Travaux récents de sociologie politique sur la dimension des rapports de genre confrontés à la question de la citoyenneté, en particulier au Moyen-Orient.
Nombreux colloques et ouvrages, articles, et éditrice d’ouvrages collectifs, dont “Agir politique et citoyenneté des femmes au tournant des révolutions arabes”, IRD Éditions, “Femmes du Liban et de la Palestine dans la lutte armée”, La Découverte, “Révolutions arabes, entre le local et le global”, North Africa in the process of change, L’État : Concepts et politiques (Co-dir. avec N. Murard et E. Tassin).