La prison israélienne comme lieu de formation et de production culturelle des palestinien·ne·s

Depuis 1967, plus d'un tiers de la population des Territoires occupés palestiniens a été arrêtée.
Comme l'a montré Stéphanie Latte Abdallah, le système carcéral israélien a joué un rôle central dans l'occupation et dans le processus de colonisation de la Cisjordanie. Les campagnes d'arrestations massives, qui visaient à la fois à réprimer les soulèvements des palestiniens contre l'occupation et à construire un système d'information et de connaissance de la population des territoires occupés, atteignent leur sommet pendant la première Intifida quand le taux d'incarcération dans les Territoires Occupés devient le plus élevé au monde (25000 personnes arrêtées par an en moyenne). L'expérience de la prison n'est donc pas marginale dans la société palestinienne et la dimension de l'enfermement occupe une place très particulière dans l'imaginaire et dans le quotidien d'une société où chaque famille a connu l'arrestation d'au minimum l'un de ses membres. Si la prison représente ppour les autorité israéliennes un mode de gouvernement et de gestion des Palestiniens des Territoires Occupés, l'expérience de la détention a été redéfinie par les détenus palestiniens comme une expérience politique et nationale fondamentale notamment à travers l'action du mouvement des prisonniers qui se développe dans les prisons israéliennes à partir des années 70.
L'image de la prison comme école, comme lieu d'étude et d'apprentissage est récurrente dans les témoignages des détenus palestiniens de différentes générations.

Née en Italie, Assia Zaino est venue en France pour suivre le cursus d’études d’Histoire du monde arabe à l’INALCO.
Entre 2010 et 2015, elle a fait quatre séjours de six mois dans les Territoires occupés en Palestine, en particulier, dans le village de Nabi Saleh.
L’ouvrage Des hommes entre les murs : comment la prison façonne la vie des Palestiniens, Agone, 2016 rassemble les entretiens qu’elle a réalisé lors de ces séjours, et raconte comment, depuis de longues années, le village palestinien de Nabi Saleh, au nord de Ramallah, lutte contre l’occupation des terres par la colonie israélienne voisine – et fait face à une politique d’arrestations massives et constantes, et où chaque famille ou presque a une “histoire de prison”.