L’apport des féministes postcoloniales et des queers et trans racisé·e·s aux mouvements antiracistes en France

Dawud Bumaye présente une cartographie des collectifs féministes queers et trans racisés en France.
Les féministes postcoloniales et les queers et trans racisé·e·s ont apporté aux analyses du genre, du sexe et de la sexualité une dimension de l'analyse de l'histoire du racisme, des génocides, de l'esclavage, et du colonialisme.
La France particulièrement est un pays qui a largement participé à la traite négrière, aux génocides des territoires colonisés et à la colonisation.
Certains territoires colonisés n'ont toujours pas connu d'indépendances tels que la Guadeloupe, la Martinique, Mayotte, la Polynésie française qui restent à la fois exploités et subalternisés par rapport à la métropole. Dans le même temps, la relation coloniale reste maintenue et est reproduite à l'intérieur du territoire métropolitain à travers les générations.
Ce traitement différencié doit être analysé de façon historique et structurelle.
L'exemple du BUNIDOM-Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer créé par Michel Debré en 1963 et qui fonctionnera jusqu'en 1981 dit combien nous parlons d'une réalité toujours actuelle.
La cartographie des mouvements s'est redessinée à partir de telles analyses, et ce sont les féministes postcoloniales et les queers et trans queers racisé·e·s qui sont actuellement à la fois les plus présent·e·s et les plus acti·f·ves, les plus mobilisateur·rice·s, et les plus inventi·f·ves au plan tant théorique que militant que cela soit parmi les mouvements féministes ou les mouvements antiracistes.
Ce sont elles et eux qui font le travail essentiel d'actualisation des réflexions et des pratiques, sans lequel aucun de ces mouvements ne pourrait exister aujourd'hui.

Dawud Bumaye vit et travaille à Paris.
Elle milite au sein du collectif QTR – Queer et Trans Révolutionnaires, un groupe de réflexion sur la lutte contre le racisme systémique et le néocolonialisme par des queer et trans issu.e.s des (im)migrations postcoloniales, et adoptant une perspective révolutionnaire. QTR veut aussi imposer une parole queer et trans autonome dans les débats sur les questions décoloniales et anticapitalistes, dans leurs liens avec celles de genre et sexualité.
Sur le terrain politique les militant.e.s de QTR sont engagé.e.s dans des organisations des luttes de l’immigration et des quartiers populaires, mais pensent qu’il est important aussi pour elles·eux de se positionner et d’intervenir sur les questions queer et trans (homophobie, transphobie, nécessité de construire une alternative aux politiques LGBT néolibérales, etc).
Elle est l’une des créatrices des éditions métagraphes, une maison d’édition associative et indépendante tournée vers les littératures et l’essai créée en 2018 avec la volonté d’interroger et de dépasser les distinctions littéraires, artistiques et militantes. Les éditions métagraphes se veulent intersectionnelles, hybrides, et à contrario des temporalités du tout-consommation, inspirées par la lenteur, solidaires, et incisives.