Le non-synchronisme comme mode de subjectivation asiatique

Tous ne sont pas présents dans le même temps présent. Ils n’y sont qu’extérieurement, parce qu’on peut les voir aujourd’hui. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils vivent en même temps que les autres — Ernst Bloch

Aucune communauté ne serait absolument synchronisée, sauf en de rares moments de son histoire. En se dépassant perpétuellement vers ses imaginations, et en restant toujours en arrière de ses mémoires refoulées, toute société se trouve simultanément en retard et en avance par rapport à elle-même.
La conscience collective d’une société comprend l’ensemble des fantaisies immatures et des vieilles imaginations, comme un amas accumulé, les illusions enfantines et les souvenirs expirés, les rêves radicaux, les mémoires traumatiques...
On pourrait considérer l’esprit de la société comme une chambre noire qui ne réaliserait que des images surexposées, ou sous-exposées.
Pour ainsi dire, toute société est censée vivre l’expérience d’un non-synchronisme historique. Ce serait un non-synchronisme singulier et complexe qui pourrait créer, par ses impacts divergents, des mutations et des pauses dans la conscience collective. Certes, un non-synchronisme dont l’origine ne viendrait pas de l’Autre, en d’autres termes, de l’extérieur de la société, mais qui surviendraient à l’intérieur d’elle-même.

Amir Kianpour est traducteur, réalisateur, dramaturge, metteur en scène et acteur de théâtre.
Études de sociologie, anthropologie, ingénieurie civile, littérature et théâtre. Thèse de philosophie en cours à l’Université Paris 8 Saint-Denis sur les subjectivités et temporalités politiques en regard de l’histoire de la révolution iranienne de 1979 intitulée “Le non-synchronisme comme mode de subjectivité”.
Traductions récentes : Karl et Carl, Un chapitre de La politique au crépuscule, Mario Tronti, Notre mal vient de plus loin, Alain Badiou, Kant, Robespierre de la philosophie, Heinrich Heine, Fragments de L’insurection qui vient, Comité invisible.
Essais récents : La philosophie dans la prison de la conscience, Une réponse à Medhi Khalaji, Le théâtre iranien : Un théâtre sans histoire, Joe Kelleher, Théâtre & Politique.