Les peuples du nord et de l'est de la Syrie veulent vivre en paix

Hovsep Sarkysian, d’origine arménienne, est un habitant d'Hassaké. Il est membre de l’assemblée de défense de sa ville. Il fait partie de la garde de nuit de son quartier, et le jour il se rend à Serêkaniyê, afin d’aider les civils qui fuient les attaques de l’armée turque.

Pour Hovsep, ce qui se passe est une répétition du massacre des arméniens par l’État turc, en 1915.

Il dit : ça fait huit ans que nous, peuples du nord et de l’est de Syrie vivons ensemble et nous entraidons les uns les autres, mais la Turquie veut détruire cette fraternité et cette égalité, elle veut que ces peuples s’entretuent les uns les autres.

Il dit : En 1915, nous avons fuit le génocide de l’État turc vers la Syrie. À cette époque, la Turquie a massacré un million et demi d’arméniens et confisqué leurs biens. À présent la même chose a lieu ici. En 1915, nous nous somme sauvés et nous sommes venus nous installer ici, nous avons commencé une nouvelle vie, mais ils nous attaquent à nouveau. L’État turc, comme il y a un siècle, tue les femmes, les enfants, les civils. C’est un deuxième génocide. Quelle sorte de guerre est-ce ? Ils attaquent les maisons, là où il n’y a que des civils.

La Turquie, il y a un siècle, a semé la haine entre les peuples, et le génocide des arméniens est le fruit de cette hostilité. En tant que peuple de la région, nous avons construit une solidarité. Depuis 8 ans on travaille ensemble. On s’aime et on se comprend. On est d’accord sur ce point que les forces démocratiques syriennes nous protègent. Nous voulons qu'ils restent ici et nous protègent. Nous voulons vivre ensemble sur notre terre, avec les arabes, les kurdes et les syriens. Mais la Turquie veut détruire cette coexistence. L’armée turque nous attaque avec ses mercenaires. Nous voulons qu’ils quittent notre terre. Nous connaissons très bien la Turquie et nous ne voulons pas vivre sous son drapeau. Partout où il y a l’État turc, il n’y aura pas de paix.

Insistant sur ce fait que les peuples veulent vivent ensemble et en paix, il poursuit : les américains étaient ici, nous les avons aidés, mais ils nous ont abandonnés. Nous ne voulons pas d'une nouvelle présence militaire internationale. Nous voulons une Syrie démocratique, où les kurdes, les arabes, les syriens, et les autres peuples de la région puissent vivre en paix. Mais la Turquie s’oppose à cette coexistence.

Vidéo publiée par ANF News, 22/10/2019.

Mansur Tayfuri est un écrivain et traducteur kurde. Mobilisant quatre langues, Mansur Tayfuri écrit principalement en sorani et en farsi. On lui doit des récits et des textes littéraires. Il s’est consacré à la traduction de textes de philosophie contemporaine.
Il rédige à l’Université Paris 8 une thèse de doctorat de philosophie sur le sujet « États et exceptions ». La thèse s’appuie sur l’étude de l’histoire des minorités kurdes de l’Iran moderne. La recherche était précédée d’un Master sur les mouvements Kurdes en Iran pendant la révolution iranienne de 1979. Prix de la littérature kurde en Iran en 2003 et 2005, et Prix de la traduction en Irak en 2005. Ouvrages de traduction récents : Nous les réfugiés, Recueil de textes d’Hannah Arendt et de Georgio Agamben, 2014. Le Maître ignorant, Jacques Rancière, 2015. La Vraie vie, Alain Badiou, 2018.